Rapporteur de guerre

Publié le par Pierre Decharte

 

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«Témoin de la misère et de la grandeur de l'homme. Et de son incroyable cruauté.» C'est ce que l'on lit en première de couverture. Rapporteur de guerre est l'œuvre de cet ancien reporter-photographe, ayant couvert la majeure partie des conflits qui ont sévi dans le monde ces trente-cinq dernières années. Patrick Chauvel fait partie comme Alain Mingam, Michel Laurent, Raymond Despardon et bien d'autres, de cette grande lignée de journalistes qui avaient pour vocation première de rapporter, de témoigner, d'ouvrir les yeux à cette Europe prospère et sereine. Allant toujours au plus près de l'actualité et ce, peu importe les risques, ils ont croisé les grands et côtoyé les miséreux de ce monde, les modestes, ceux qui vivent la guerre sur le terrain.

Vietnam, Cambodge, Irlande, Iran, Liban, Haïti...Autant de pays que Chauvel a foulés, photographiés, qui nous sont dévoilés à travers son regard de rapporteur de guerre. Adoptant une plume légère et familière, extériorisant sur le papier ses plus lointaines pensées, ses plus intenses sentiments ; les souvenirs sont retranscrits tels-quels, comme si le narrateur était à côté de nous et nous racontait. Scènes de guerre sans tabou, dialogues réalistes, parfaite restitution des faits, le tout couronné d'une bonne dose d'humour parfois assez noir mais propre aux situations. Le contexte n'est lui aussi pas mis de côté, bien que d'abord une biographie, l'aventure du reporter nous est exposée sur différents plans géographiques, historiques et politiques. On ne lit pas seulement ce livre, on le vit.

 

Ce qu'a vécu l'auteur de ces 300 pages, aérées de quelques photos tirées de ses reportages,nous transporte à ses cotés et suscite en notre intérieur de nombreux sentiments contradictoires .

Évidemment, il y a cette envie de voyager, d'agrandir son champ de vision, de s'enrichir chaque jour de nouvelles rencontres, de nouveaux paysages. On se rêve Patrick Chauvel en train de sauter d'avions en avions, pour se retrouver tantôt au plus profond de la jungle de l'Asie Orientale, la semaine d'après en train de siroter une bière dans un pub irlandais et dès le lendemain à courir sous les tirs dans les rues de Grozny en Tchétchénie.

Car il y a aussi la peur de la guerre. De se retrouver comme le courageux chasseur d'images sans cesse menacé par les tirs d'obus, par les assauts des soldats se battant pour des raisons qui ne sont pas les nôtres. Rien n'est plus dangereux qu'un champ de bataille. On ressent ce mal de ventre rien qu'en lisant, ce cauchemar de se retrouver dans l'angle d'un sniper, d'être pris en otage comme ces milliers d'autres journalistes, voire d'être exécuté, seulement pour avoir voulu dévoiler la vérité, d'avoir tiré le rideau sur ces massacres, ces horreurs...

 

Futurs journalistes ou non, nous avons du respect pour ce reporter-photographe travaillant pour Sygma ; pour cette vocation accrochée à son cœur de même que son appareil à son cou. Beaucoup, comme il aime le préciser, partage ce même projet de photographier, filmer, enregistrer ou écrire ce que vivent ces hommes sur le front, ces femmes et ces enfants cloîtrés dans ces immeubles délabrés. Puis de faire tomber tout cela dans les journaux d'actualités occidentaux, sans mensonges ni démagogie, telles des armes contre l'ignorance de notre bonne vielle terre de paix.

 

Montrer.Témoigner.Rapporter la guerre. La voilà la doctrine de Patrick Chauvel.

 

 

 

Publié dans Critiques de livres

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