Les Misérables: Critique

Publié le par mediasetdiversite.over-blog.com

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      Tom Hooper était attendu au tournant après le très réussi Discours d’un Roi récompensé comme il se doit de l’oscar du meilleur film en 2011. Le réalisateur britannique a contre toute attente opté pour une adaptation de l’ouvrage culte de Victor Hugo : Les Misérables , avec une particularité cependant puisque cette version a pris le parti de revisiter le chef  d’œuvre d’Hugo sous forme de comédie musicale. Servi par une pléiade de stars, Hugh Jackman (Jean Val Jean), Russell Crowe (Javer), Sacha Baron Cohen et Helena Bonham Carter (les Ténardiers) entre autre, et par un budget faramineux,  Les Misérables version Hollywood  s’annonçait comme prometteur pour qui n’est pas allergique aux comédies musicales.
Si le film de Tom Hooper s’est vu réservé un accueil particulièrement hostile par la critique française, il collectionne néanmoins les prix outre-manche comme en témoigne les palmarès des Golden Globes ou des BAFTAs, (l’équivalent des Césars en Angleterre), mais surtout des Oscars où le film a totalisé pas moins de 8 nominations. Etonnant ? Pas vraiment, tant le film semble formaté pour plaire à l’Académie. Contestable ? Assurément.
 
    Il faut bien admettre que le projet de Tom Hooper s’apparente à un véritable défi : Comment faire redécouvrir au public cette œuvre culte reprise maintes et maintes fois ? En cela on peut rendre hommage au pari risqué du réalisateur qui a eu l’audace de s’essayer dans un tout autre registre que celui du biopic qui lui a pourtant apporté la reconnaissance unanime de la profession pour son travail dans le Discours d’un roi. Néanmoins  le cinéaste ne partait pas dans l’inconnu, puisque cette version s’avère être une adaptation d’une populaire comédie musicale de Broadway « Les Miz » créée à Paris par Alain Boublil, Claude Michel Schönberg et Robert Hossein (tiré du roman éponyme d’Hugo), devenue succès mondial, qui se traduit par sa durée d’exploitation record depuis 1987.
     
Synopsis : Dans la France du 19e siècle,Les Misérables raconte une histoire poignante de rêves brisés, d'amour malheureux, de passion, de sacrifice et de rédemption : l'affirmation intemporelle de la force inépuisable de l'âme humaine. Jean Valjean, l'ex-bagnard poursuivi sans relâche des décennies durant par l'impitoyable policier Javer (Russell Crowe). Mais quand Jean Valjean (Hugh Jackman)  promet à Fantine (Anne Hathaway) de sauver sa fille Cosette du destin tragique dont elle est elle-même victime, la vie du forçat et de la gamine va en être changée à tout jamais. 
 
         La première scène a le mérite d’impressionner : des bagnards, parmi lesquels notre héro  Jean Val Jean, tractent une gigantesque épave de navire sous un torrent de pluie et le déchainement de l’océan. Une scène qui affiche les ambitions de cette superproduction , à la fois spectaculaire et splendide artistiquement. Sur ce dernier point, saluons le  travail réalisé par les équipes techniques et le rendu à l’écran : une photographie soignée, des costumes et maquillages sublimes ainsi que des décors (l’auberge des Ténardiers, les ruelles de Paris) qui collent parfaitement à l’idée que l’on peut se faire de Paris au XIXeme siècle, une véritable réussite donc.
Côté acteurs, Anne Hathaway (Fantine) livre une prestation absolument bluffante tant par son très juste jeu d’actrice que (et surtout) par son aisance vocale lors de sa bouleversante interprétation d’I dreamed a dream. Assurément le grand moment de ces Misérables, qui justifie amplement l’Oscar de meilleur second rôle obtenu dimanche par cette dernière. Cette séquence qui ne peut laisser le spectateur indifférent aura eu le mérite d’éveiller l’intérêt et l’appétit, on en redemande !
Malheureusement l’histoire aura raison de la pauvre Fantine, laissant le spectateur quelque peu orphelin surtout au regard de ce qui va suivre… Autre satisfaction de ce prestigieux casting, Hugh Jackman incarne un Jean Val Jean plutôt convainquant malgré les exigences vocales et le peu de liberté laissé à l’acteur, focalisé sur son interprétation musicale. Méconnaissable en bagnard, l’acteur s’est vu dans l’obligation de perdre neuf kilos pour parfaire sa transformation, il campe également un Val Jean « libre » avec brio et charisme ajouté à cela un talent certain pour le chant.
Quant aux Ténardiers joués par le décapant duo Baron Cohen-Bonham Carter, ils apportent une touche de légèreté et d’humour bien venue dans cet ensemble lourd et indigeste. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les deux comédiens se prêtent à ce type exercice, on se souvient de leurs apparitions dans la très bonne comédie musicale de Tim Burton : Sweeney Todd. Film qui brillait par son originalité et sa faculté à captiver malgré l’histoire pour le moins sordide.
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      Malgré une première heure plaisante, le film tend néanmoins à s’essouffler au fur et à mesure, si bien que ces deux heures trente paraissaient bien longues. La faute à ce parti pris de chanter intégralement chaque dialogue. Tom Hooper pour justifier ce choix déclarait dans les colonnes du journal belge Lesoir :" Je voulais quelque chose qui aille encore plus loin dans l’émotion et l’intensité. Je cherchais une histoire forte, et je me disais qu’en ajoutant des chansons, j’arriverais à une fusion émotionnelle parfaite." Or, force est de constater que cette « fusion émotionnelle » n’est présente que lors de la performance d’Anna Hathaway. Ce choix artistique a fortement aseptisé l’émotion que l’on ressent dans les Misérables, la rendant totalement superficielle. C’est une véritable surenchère de larmes à laquelle le spectateur est convié. La mièvre relation amoureuse entre Cosette et Marius (particulièrement irritant dans cette version) en est la parfaite illustration.
Tom Hooper dans son souci de perfection en est venu à perdre ce qui faisait la force de son cinéma : la simplicité. Voulant trop bien faire, ce dernier use et abuse de gros plans et autre caméra ballottante afin d’essayer en vain de donner du dynamisme à son récit. Mais le mal est fait, et cette deuxième partie n’est qu’une succession de scènes sans rythme et sans grande originalité qui ne peuvent sortir le spectateur de sa léthargie. Ajouté à cela une composition musicale monocorde dans laquelle aucun morceau ne ressort du lot, un comble pour une comédie musicale !
Au final on ressort avec l’étrange impression d’avoir visionné un long clip de deux heures et demi. Si certains acteurs tirent leur épingle du jeu, certains comme Russell Crowe (Javer) sombrent littéralement, aussi bien par la faible technique de ce dernier (quelle erreur de casting pour une comédie musicale !) que pour son rôle de composition où il se montre peu convainquant dans sa confrontation contre Val Jean. La mise en scène du suicide de Javer est le point de non-retour, on frôle ici le risible par la fausseté de l’interprétation et de la laborieuse (chaotique diront certains) exécution. On pourra en outre déplorer le choix contestable de Hooper de privilégier l’hymne à l’amour, qu’il soit paternel ou romantique, au détriment du plaidoyer social cher à Victor Hugo. En effet, dans cette version américanisée, on trouve peu de place à l’épique ni aux enjeux politiques et sociaux.
 Au final, cette version hollywoodienne peine à provoquer l’adhésion, une véritable déception pour un film qui a suscité une grande attente à l’annonce de sa sortie en salle.
 
Clémence Roux

Publié dans Critiques de films

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