J.Edgar

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   John Edgar Hoover : né le 1er Janvier 1895, directeur du FBI de 1924 à sa mort en 1972, il demeure à ce jour l'homme qui est resté le plus longtemps en poste à la tête d'une agence fédérale américaine. Voilà pour la biographie.

   Que dire d'autre sur le héros du dernier film éponyme de Clint Eastwood, incarné par Leonardo DiCaprio? Et bien, que l'œuvre en question approfondit le rôle joué par Hoover durant ses 48 ans de direction du bureau fédéral. Colonne vertébrale de l'agence, mais aussi de la nation : par une morale toute personnelle, bien au-dessus des lois mais assez basse pour se mêler aux intrigues politiques, Hoover maintien la droiture de l'Amérique. Tout comme sa mère (derrière chaque grand homme se cache une grande femme, ici une Judy Dench parfaite en mère castratrice) a toujours pensé le faire avec son fils, pour qu'il devienne «l'homme le plus puissant du pays».

 

   Mais n'est-ce pas utopie (et folie) que de penser maintenir un être aussi instable que l'Homme, ou une entité aussi vivante qu'une société, dans un carcan idéologique immuable? Ainsi, les mœurs du jeune Edgar finissent par apparaître lorsqu'il entame une relation homosexuelle avec son bras droit, Clyde Tolson : rejet du rêve de l'homme fort, et nécessairement hétérosexuel que voulut lui imposer sa mère. Parallèlement, les États-Unis refusent de ne voir que peur et danger permanent comme le fait Hoover : rejet du rêve d'un monde de surveillance et de fichage. Entre J. Edgar et l'Amérique, entre le fanatisme paranoïaque et l'indolence la plus insouciante, se place un abîme d'incompréhension. L'éternelle opposition entre le génie poussé trop loin et des contemporains à la vue trop basse.

 

   Et peut-on encore parler de droiture lorsque le héros, poussé par ses ambitions, ses intérêts les plus bas, n'hésite pas à se mettre en scène, clamant devant les journalistes avoir arrêté un criminel alors qu'il n'est même pas sorti de sa voiture? Que dire de son manque d'honnêteté devant l'Histoire elle-même, alors qu'il dicte à son biographe une version fantasmée de son passé?

 

   Au final, Clint Eastwood mêle avec intelligence parcours personnel d'un homme et histoire de sa nation ; cependant, la ligne historique du film, difficile à suivre (on se retrouve avec 42 années morcelées par les nombreux flashbacks), est bien moins claire que l'exposé des sentiments du héros ; l'ensemble s'en trouve moins homogène que Lettres d'Iwo Jima par exemple, et se rapproche plus de la force dramatique de Million Dollar Baby, sans pour autant égaler sur ce point l'œuvre aux quatre oscars. Reste à débattre du sens politique de J.Edgar: un monde contrôlé par un contre-pouvoir invisible, certes, mais dans quelle mesure? Une Histoire qui n'oublie pas, mais n'hésite pas à répéter même ses pires erreurs? La possibilité d'un juste milieu entre paranoïa et insouciance? Bref, voilà peut-être le vivier de réflexions qu'Eastwood nous offre à travers l'histoire d'un homme, d'un seul homme...

 

Mahel Nguimbi

 

Publié dans Critiques de films

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